vendredi 13 décembre 2013

Texte : Banalité du bien - Matthieu Ricard

Un mendiant reçoit deux billets de 50 roupies
- somme relativement conséquente au Népal -
il en donne la moitié à son compagnon d'infortune.

Une infirmière épuisée
après une nuit de garde éprouvante
reste néanmoins quelques heures de plus
pour assister un mourant qui part seul.

Ma sœur, Ève, qui s'est occupée toute sa vie
d'enfants en difficulté,
n'a jamais hésité à se lever en pleine nuit
pour accueillir un enfant qui fuguait.

Dans le métro, un Maghrébin, percevant l'angoisse
d'une voyageuse qu'il ne reverra jamais,
lui murmure : "Ne t'inquiète pas, ma fille,
ça va passer."

Au terme d'une journée trop remplie,
un ingénieur rentre de son bureau
et fait 500 m de plus pour montrer
à un étranger perdu dans la capitale
le chemin de son hôtel.

On a pu parler de la "banalité du mal".
Mais l'on pourrait aussi parler
de la "banalité du bien" en se représentant
les mille et une expressions de solidarité,
de prévenance et d'engagement
en faveur du bien d'autrui
qui jalonnent nos vies quotidiennes
et exercent une influence considérable
sur la qualité de la vie sociale...

Le bien de tous les jours est anonyme ;
Il ne fait pas la une des médias
à la manière d'un attentat,
d'un crime crapuleux,
ou de la libido d'un homme politique.
S'il y a "banalité" c'est encore le signe
que nous sommes tous potentiellement capables
de faire du bien autour de nous.


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mardi 22 octobre 2013

Texte : Notre bonheur - Matthieu Ricard

Un bonheur pour soi tout seul ?
Serait-il possible en négligeant celui des autres
ou pire en essayant de le construire sur leur malheur ?
Un "bonheur" élaboré dans le royaume de l'égoïsme
ne peut être que factice, éphémère et fragile
comme un château bâti sur un lac gelé,
prêt à sombrer dès les premiers dégels.

Parmi les méthodes maladroites, aveugles, ou même outrancières
que l'on met en oeuvre pour construire le bonheur,
l'une des plus stériles est donc l'égocentrisme.
"Quand le bonheur égoïste est le seul but de la vie,
la vie est bientôt sans but" écrivait Romain Rolland.
Même si l'on affiche toutes les apparences du bonheur,
on ne peut être véritablement heureux
en se désintéressant du bonheur d'autrui.

Je suis un, et les autres sont innombrables.
Pourtant, à mes yeux, je compte plus que tous les autres.
Telle est l'étrange arithmétique de l'ignorance.
Comment être heureux si tous ce qui m'entourent souffrent ?
Et s'ils sont heureux,
mes propres tourments ne me semblent-ils pas plus légers ?

Le corps, malgré la diversité des membres,
est protégé comme un être unique :
il doit en être ainsi de ce monde où les êtres divers,
qu'ils soient dans la douleur ou la joie,
ont en commun avec moi le désir de bonheur.

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lundi 14 octobre 2013

Citation : Quand on est pauvre - Matthieu Ricard


Quand on est pauvre parmi des pauvres
la solidarité nous sauve.
Mais ici, la misère est plus souvent noyée
dans l'anonymat matériel de la prospérité :
être pauvre parmi les riches
entraîne un isolement encore plus douloureux.
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samedi 17 août 2013

Texte : L'optimisme - Matthieu Ricard

Si l’on observe la manière dont les gens
perçoivent les événements de leur vie,
apprécient la qualité du moment vécu
et construisent leur futur
en surmontant les obstacles
grâce à une attitude ouverte et créative,
les optimistes possèdent un avantage indéniable
sur les pessimistes.

Un grand nombre de données montrent
qu’ils réussissent mieux aux examens,
dans leur profession et dans leur couple,
vivent plus longtemps et en meilleure santé,
ont plus de chance de survivre à un choc postopératoire
et sont moins sujets à la dépression et au suicide.

Pas si mal, n’est ce pas ?
Des chiffres ?
Une étude a été conduite sur plus de neuf cents personnes
admises dans un hôpital américain en 1960.
Leur degré d’optimisme,
ainsi que d’autres traits psychologiques,
avaient été évalués par des tests et des questionnaires.

Quarante ans plus tard, il s’avère que les optimistes
ont vécu en moyenne 19% plus longtemps que les pessimistes,
soit seize ans de vie pour un octogénaire !

Par ailleurs, on sait que les pessimistes
ont huit fois plus de chances de sombrer dans la dépression
lorsque les choses vont mal.
En outre, ils ont des résultats scolaires,
sportifs et professionnels
inférieurs à ce que leurs capacités laissaient présager
et ont eus de difficultés relationnelles.

Il a pu être montré que c’était bien le pessimisme
qui aggravait la dépression et les autres difficultés citées,
et non le contraire,
car si l’on apprend à ces personnes
à remédier spécifiquement au pessimisme
en transformant leur vision des choses,
elles sont nettement moins sujettes à des rechutes dépressives.

Il y a des raisons précises à cela.
Les psychologues décrivent en effet le pessimisme
comme un mode d’explication du monde
qui engendre une impuissance acquise.

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