dimanche 17 novembre 2013

Texte : La fillette aux vieux os – Jean Rodhain

Elle ramassait les vieux os.
Elle ne savait ni lire ni écrire.
Elle n’avait même pas fait sa première communion.
Elle ignorait le catéchisme, car sa famille trop pauvre,
en avait besoin pour chercher le bois en forêt
et pour garder les trois autres à la maison.

Maison, c’est une façon de parler car, après cent misères,
leur logis n’était justement qu’un cachot désaffecté
tant il était insalubre :
les quatre enfants habitaient ce cachot avec la mère et le père.
Ce père, afin de laisser aux siens un peu de pain,
demeurait parfois au lit pendant les heures du jour
pour supporter en silence la faim canine qui le tenaillait.
Jean-Marie, le plus jeune des enfants,
fut un jour surpris à l’église
grattant les bavures de cire des cierges
pour apaiser sa faim .

C’est de ce « bouge infect et sombre » que cette gamine
sortit un matin pour aller vers la forêt chercher du bois,
et quelques os, pour les revendre à Alexine Baron, la chiffonnière du pays.
Elle revint au cachot avant midi les mains vides,
mais avec une richesse à faire accourir le monde entier.

J’oubliais, en effet, de vous préciser
que cette fille sans première communion
s’appelait Bernadette Soubirous.
Et le monde entier accourt, depuis plus de cent ans, vers la grotte
et visite inlassablement le cachot « infect et sombre »
où l’enfant rentra sagement
après chacune des dix-huit conversations
face à face avec Marie, Mère du Christ.

Ainsi, pour déclencher un tel torrent de ferveur et de curiosité,
pour révéler un tel Message,
la Mère de Dieu a choisi l’enfant LA PLUS MISERABLEMENT PAUVRE
de cette pauvre bourgade !
Comment est-il possible d’arriver à Lourdes
sans être saisi et bouleversé par ce geste du Ciel
mettant le doigt sur la misère personnifiée :
cette fillette ramassant les vieux os.

Libellés : , , , , , ,

lundi 14 octobre 2013

Texte : Moins penser à moi - Jean Rodhain

J'ai trouvé la joie du jour où j'ai moins pensé à moi.
Mes soucis sont mon huis-clos.
Je tourne en rond dans la prison de mes ennuis personnels.
Une visite par semaine à un jeune handicapé physique
Une visite par mois à la prison...

J'apprends le courage des autres.
Ils ont ouvert des fenêtres dans mes mesquines murailles.
Le soleil est entré !


Libellés : , , , ,

vendredi 19 avril 2013

Cri de pauvre - Découverte du froid - Jean Rodhain

nébuleuse 4
- Photo "Nébuleuse 4" de Prince des Glaciers

Celui-ci, en fait de froid, ne connaissait que les sports d’hiver, 
avec l’air vif à l’heure du ski, 
mais avec, le soir, la chambre d’hôtel bien chauffée. 

Il a fallu que son immeuble parisien 
tarde à ouvrir ses radiateurs 
pour qu’il soit saisi d’un frisson inconnu... 

Il crie bien haut sa véhémente surprise 
de devoir travailler dans un bureau glacial. 
On lui fit remarquer que si c'était nouveau pour lui, 
cette froidure du domicile était depuis toujours 
le partage de centaines de milliers de vieillards et d’isolés. 

Il fut abasourdi de découvrir 
que 12 degrés étaient ainsi supportés par ceux-là 
tout au long de chaque hiver. 

Ce fut pour lui une découverte. 
Il avait entendu parler de ces cas douloureux, 
mais il les enregistrait 
comme les notions d’algèbre ou d’archéologie.

Mais en ce jour de novembre, pour la première fois de sa vie, 
il « réalisa » le froid ! 


Libellés : , , , ,

mardi 26 février 2013

Texte : Le soin du détail - Jean Rodhain

Restauration d'une fenêtre à meneau
- Photo de Arnaud Julien : "Restauration" -

Pour ouvrir ma porte accidentée,
ce soi-disant serrurier s’agita toute la matinée.
Il lui manquait un outil. Il avait mal calculé ses dimensions.
Ses clefs ne correspondaient pas au modèle de serrure.
Quelle fatigue de constater tant d’incompétence.
Quelle tristesse devant l’absence de métier.
Quoi de plus lamentable qu'un travailleur qui ne sait pas travailler...
On le reconnaît à ce signe : il ne fait pas attention aux détails...

Pour cimenter le seuil de mon escalier,
le maçon du village a travaillé toute la journée.
Il sait tailler les dalles et en jointoyer exactement les arêtes.
Son tour de main est impeccable
et chaque coup de marteau ajuste la pierre rigoureusement.
Il n’y a pas une bavure dans la découpe,
ni un seul kilo de ciment gaspillé.
On contemple sans se lasser ce travail exact d’un homme de métier :
on le reconnaît au soin qu'il apporte dans chaque détail.

A Calcutta, j’ai visité les "mouroirs" de Mère Teresa.
Ces lieux sont marqués par l’absence de mobilier.
C’est une quasi-nudité dans l’équipement.
Mais la pauvreté du cadre est compensée
par une sollicitude continuelle et évidente.
Aucun confort, mais mille gestes de services rendus,
de prévenances et de présence.
Le souci du détail peuple ce vide qui sans cela serait désolation.


Libellés : , , , , , ,

samedi 16 février 2013

Texte : Partager, c’est multiplier - Jean Rodhain


Je partage ce fraisier et je repique les plants obtenus,
Ainsi j’ai multiplié les fraises pour l’été prochain.
Je partage ce journal avec mes voisins à qui je le passe régulièrement,
Ainsi j’ai multiplié les occasions de réfléchir.
On partage cet atome d’uranium au point de parvenir à une véritable fission
Ainsi on multiplie les réactions en chaîne, c’est la force nucléaire.

Sur le Mont des Béatitudes, cela aurait pu se passer autrement.
Pour nourrir cette foule affamée, le Seigneur aurait pu déclencher,
Descendant d’une nuée lumineuse, un cortège d’anges distributeurs.
Cette mise en scène aurait frappé l’opinion.

Pas du tout !
Le Seigneur accueille simplement ce gamin
Avec dans sa corbeille et ses cinq pains qu'il accepte de partager.
Ce partage devient la multiplication des pains.
Partager, c’est, multiplier...

Si un calculateur vient discuter de ce qui lui parait une entorse aux lois de l’arithmétique,
Je lui concéderai que cela échappe en effet totalement à la stricte arithmétique.
Nous sommes sur un autre plan.
L’égoïste, qui ne partage pas, se referme sur lui-même.
Il s’enferme.
C’est la dureté de la porte fermée.
Il n’y a plus rien après.

Le partage, au contraire, est un déploiement
Comme la plante dont la tige en se divisant s’épanouit en fleurs et en fruits.
Dans le royaume mystérieux des âmes,
Il y a, ainsi des lois non chiffrées qui font du partage
Un épanouissement aux fruits multiples.

Enfin à tout cela Il faut ajouter la propagation contagieuse :
Saint Martin partage son manteau sans imaginer qu'à son exemple
Des générations entières imiteront ce partage :
Il a multiplié du même coup des échos innombrables.

Dans un quartier en apparence inerte,
voici des enfants qui, avec une spontanéité d’enfants,
se mettent au service d’un paralytique sans famille.
Trois mois après, réveillés par ce petit choc,
Des adultes font une enquête sur les cas semblables.
On découvre ceux qu'on ne voyait pas.
On interroge la municipalité sur ces cas du quartier.
Le partage des enfants à fait écho.
Il a eu de multiples conséquences.
Partager, c’est encore multiplier...


Libellés : , , , ,

jeudi 29 novembre 2012

Citation : Appauvrissement - Jean Rodhain


Dans un monde où les pauvres s'appauvrissent,
les hommes doivent apprendre
à voir la détresse des autres.
_______________________________


Libellés : , , ,

mardi 28 août 2012

Texte : Clan ou Equipe ? - Jean Rodhain

Sept ou huit personnes se dévouent au travail. Leur zèle est brûlant, ils ne compte ni le temps, ni la peine.

Ils travaillent sans compter, mais n'admettent personne d'autre au chantier,que les élus choisis : c'est un clan.
S'ils embauchent largement, même l'ouvrier de la onzième heure, s'ils recherchent des idées partout, accueillent des collaborations plus jeunes, associent sans compter le timide et l'hésitant : c'est une équipe.

Ils gardent jalousement leurs documents, leurs secrets, leurs recettes. Un rien les froisse. Un nouveau ou une nouveauté les font se barricader. Ils sourient entre eux et ironisent sur le compte de tous ceux qui n'ont pas le gabarit de leur cervelle ou de leur myopie : ce n'est qu'un clan.
Ils vont de l'avant. Ils sont assez souples pour faire table rase de leurs méthodes et de leurs expériences devant une situation nouvelle : c'est une équipe.

Ils ont peur de partager un dossier, une idée, une initiative. Leur équipe, leur service, leur méthode sont un piédestal jalousement défendu. Ce n'est plus une équipe. C'est un champ clos. C'est clôturé. C'est un huit clos. C'est un enfer. Ils ont beau s'entendre entre eux, c'est un clan fermé. C'est le contraire d'une équipe parce que c'est exactement en dehors de la charité.
Sur le plan international ou sur le plan d'un bureau local, vous trouverez ces deux mentalités. Elles ont un point commun : le dévouement. Ce qui ne veut rien dire, car s'ils ne se dévouaient pas, ces gens-là s'ennuieraient ou orienteraient leur dévouement instinctif vers les vieux chiens ou les chats abandonnés. Le vrai mérite commence lorsqu'on renonce à soi, à son triomphe, à ses prétentions, à se chercher soi-même.

Concrètement, pensez-vous à des expériences vécues ? Y aurait-il intérêt à en discuter en équipe, pour réviser la vie de l'équipe ? Quel passage souhaitons-nous particulièrement retenir et mettre en valeurs aujourd'hui, pour l'année ?


Libellés : , , , ,