samedi 2 novembre 2013

Texte : Finir de vivre n'est pas mourir d'avance - Paul Ricœur

La mort fait partie de la vie.
Mais il y a un danger dans notre société
c'est de considérer une tierce catégorie,
qui serait celle des mourants :
ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort,
mais qui sont plutôt du côté des morts car on les appelle mourants.

C'est important d'associer le mot "vie" au thème de la souffrance
parce que c'est bien d'un vivant en fin de vie dont nous parlons,
et non pas de quelqu'un qui serait comme déjà mort.
La vie est aussi faite de souffrance physique et/ou psychologique...
Dans l'existence humaine, il y a nécessairement de la souffrance.
Nous avons un corps, et il est soumis à la maladie,
aux influences intérieures et extérieures, à la vieillesse,
et on ne peut pas prétendre échapper complètement à la souffrance.

Une vie qui ne connaîtra pas de malheur pourrait signifier
que l'on vit de manière très superficielle, très euphorique
et j'ajouterai même, très toxicomaniaque.
Alors comment faire disparaître la souffrance,
qu'elle soit physique ou psychologique ?
En se chargeant de médicaments,
en consommant des drogues pharmaceutiques,
dangereuses comme l'héroïne, le cannabis...

L'on ne peut pas être heureux
si l'on n'assume pas cette part de malheur.
Le bonheur n'est pas le contraire du malheur,
c'est la manière d'assumer le malheur.
C'est important de le dire car la souffrance dans la vie à mes yeux,
n'a pas le même statut que la souffrance dans les ultimes moments.
Votre discours concernant la fin de vie est de combattre la souffrance...
Lorsque l'on est certain que la mort va arriver bientôt,
la souffrance à ce moment-là, ne peut plus être un palier de l'existence,
elle ne peut plus être un malheur que l'on peut assumer.

La souffrance est vraiment quelque chose
qu'il faut combattre par tous les moyens.
La suppression de la douleur en fin de vie,
est prioritaire par rapport à la prolongation des jours.
À quoi ça sert d'ajouter des jours à la vie,
si l'on n'ajoute pas de la vie aux jours ?
Il devrait y avoir comme conséquence à ce soulagement de la douleur,
une diminution des jours à vivre.

Parce que l'objectif principal n'est pas
de prolonger la vie dans la souffrance,
mais de combattre la souffrance même si la vie doit en être écourtée.
Si ce principe est essentiel,
il ne doit pas être toujours respecté
dans le cas où le patient dit qu'il préfère souffrir un peu
pour rester lucide.

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mardi 15 octobre 2013

Texte : La culture de mise à l’écart –Georges Bergoglio

Recherche d'emploi
- Photo "Recherche d'emploi" de dwursteisen -

Quand nous isolons les jeunes, nous faisons une injustice :
nous les séparons de leur appartenance :
leur famille, leur patrie, leur culture, leur foi…
mais, nous ne devons surtout pas les isoler de toute la société !
Ils sont – vraiment – l’avenir d’un peuple !
Ils sont l’avenir parce qu’ils ont la force,
ils sont jeunes, ils doivent pouvoir aller de l’avant.

Mais à l’autre extrême de la vie aussi,
les personnes âgées, sont l’avenir d’un peuple.
Un peuple a un avenir s’il avance avec ces deux réalités :
d'une part, avec la force  des jeunes pour le faire avancer
et d'autre part, avec les personnes âgées
car ce sont elles qui donnent la sagesse de la vie.

Bien des fois, je pense que nous commettons une injustice envers elles :
nous les laissons de côté comme si elles n’avaient rien à nous donner ;
Pourtant, elles ont la sagesse, la sagesse de la vie,
la sagesse de l’histoire, la sagesse de la patrie,
la sagesse de la famille.
Et nous avons besoin de cela ! …

- lire la suite sur le site du Vatican : http://www.vatican.va/holy_father/francesco/speeches/2013/july/documents/papa-francesco_20130725_gmg-comunita-varginha_fr.html

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dimanche 18 août 2013

Prière : Pour une belle vieillesse - Joseph Folliet

Vietnam, beau vieillard  (Philippe Guy)
qui avez partagé la vie de l'homme en étapes et qui avez fait la vieillesse,
ne permettez pas que je devienne un de ces vieux grognons,
toujours en train de dénigrer, de rouspéter, de ronchonner,
attristants pour eux-mêmes, insupportables aux autres.
Gardez-moi le sourire et le rire, même s'ils ouvrent une bouche édentée
ou découvrent des dents artificielles.
Gardez-moi le sens de l'humour, 
qui remet les choses, les gens et moi-même, à leur juste place

Seigneur,
qui avez planté dans ma poitrine un cœur de chair pour aimer et être aimé,
un cœur semblable au Cœur de votre Fils, 
ne permettez pas que je devienne un vieillard égoïste,
sans cesse travaillé par la crainte du manque et des courants d'air.
Gardez-moi un cœur ouvert, 
une main toujours prête à serrer d'autres mains et à s'ouvrir pour le don.
Faites de moi, Seigneur, un vieillard généreux, 
qui partage ses quatre sous avec ceux qui n'ont point de terre ,
qui caresse au passage les chiens et les chats,
qui sourit aux petits enfants, 
et émiette du pain aux moineaux dans les jardins publics.

Seigneur, 
éternel présent, faites que je revive mon passé avec joie,
mais que je sache comprendre et aimer cet aujourd'hui,
qui est vôtre comme le passé et l'avenir.
Faites de moi, Seigneur, un vieillard qui n'a pas oublié sa jeunesse
et que rajeunit la jeunesse des autres.

Seigneur, 
qui avez fixé les saisons de l'année et celles de la vie
faites que je sois un homme de toutes les saisons.
Je ne vous demande pas le bonheur,
car je sais trop que nulle saison ne l'apporte, pas même le printemps.
Je vous demande simplement que mon arrière saison soit belle,
afin qu'elle porte témoignage à votre beauté.
Amen.

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jeudi 15 août 2013

Vidéo 4mn - Dimanche après midi - Emilie Lévesque



"Le goût du bonheur"

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vendredi 21 juin 2013

Texte : Je crois rêver... - Xavier Grall

"Je crois rêver", dit-elle.
Elle est là, dans le fauteuil, près du feu.
Un peu recroquevillée, légère, fragile, presque enfantine.
Du châle de laine mauve émergent son front blanc, ses cheveux gris.
Ma mère...

"Je crois rêver", dit-elle.
Quel rêve traverse sa mémoire ?
Je soupçonne qu'elle revit les féeries de son enfance campagnarde,
qu'elle tisonne les tout premiers souvenirs de sa longue vie.
Elle me confirme, du reste, comme si nos pensées s'étaient rencontrées.
"Tu sais, ton père se serait plu ici... Il aimait vivre comme toi !"

"Je crois rêver", dit-elle.
Parfois, ses paupières retombent sur les yeux.
Elles sont diaphanes, presque transparentes,
semblant abriter sous leur écran délicat les enchantements anciens,
et elles se serrent comme pour retenir cette douce épiphanie : 
Les jours rois ! Les jours mages !... 

"Je crois rêver", dit-elle
Les chiens, Mélenn et Maël,dorment dans l'âtre, près du brasier.
Et je me sens baigner dans une paix que je n'ai pas connue depuis longtemps.
Elle est dans le fauteuil, près du feu, comme illuminée,
transfigurée par le soleil de ses meilleurs songes.

Mère et fils demeurons ainsi, économes de nos mots,
prodigues de voyance, près de la bonté de la flamme.
"Je crois rêver", dit-elle.

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mardi 18 juin 2013

Texte : En harmonie - Anselm grün


Un bel automne réjouit parfois davantage le cœur
Qu’un été bien chaud.
La nature déploie sa riche palette de couleurs.
Les récoltes sont rentrées.
Dans l’automne de mon âme,
Je ne récolte plus.
Je suis et je m’émerveille 
des couleurs magiques de la vie,
De la paisible joie qui nait
De tout ce qui a grandi en moi.

L’automne me prodigue sa douceur.
Dans la douceur de l’automne, 
je contemple ma vie
Et je suis en harmonie avec tout ce qui est. 
J’adhère à tout ce qui est.
C’est une tendre joie, à peine perceptible,
Que l’automne éveille en moi.
Ce n’est plus la joie éclatante de l’été.
Mais personne ne peut me ravir cette paisible joie.
Elle survivra à l’hiver.
Elle résistera lorsque je sentirai le froid en moi
Et tout autour de moi.

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dimanche 16 juin 2013

Texte : Heureuse faiblesse - Jean Vanier

Qu’on soit enfant ou vieillard,
la faiblesse n’est bienheureuse que si l’on est aimé.
Sinon, c’est l’enfer.
Il faut que le vieillard soit aimé pour ce qu’il est,
non pour ce qu’il fait,
par quelqu’un qui lui dise :
« Je t’aime comme tu es. »

La question de savoir si je suis aimable est très profonde.
Au fond, vous vous demandez toujours secrètement :
« Est ce qu’il y a des gens qui s’intéressent
non pas à ce que je fais,
mais à ce que je suis vraiment ? »

Et vous avez besoin d’une vraie rencontre,
dans une pauvreté
qui ne cherche aucun pouvoir.

- interview de La Vie (www.lavie.fr)- 

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vendredi 17 mai 2013

Texte : Accepter de vieillir - Guy Gilbert


Nous vivions dans une société
*où la culture de la réussite est dominante.
Le handicapé, le vieillard, le pauvre
Nous gênent et nous embêtent.
Seul ce qui est beau, ce qui est fort
Et ce qui est compétitif est intéressant.
Le reste ne compte pas,
On refuse l’échec et la faiblesse.
C’est pourquoi, quand la vieillesse vient
Nous tombons de très haut !

Il faut accepter de vieillir,
Alors la vie devient superbe.
Accepter de vieillir,
C’est se mettre une bonne fois pour toute
Devant sa glace et se dire :
« tes rides, tes poches, ton dentier,
ton ventre, ton double menton, je m’en fous ! »
Et on s’en fiche réellement !
On ajoute : « avec mes vieux os,
Je vais enfin vivre pleinement ! »

Bien vieillir, c’est vivre sa vieillesse
dans le présent de chaque jour.
La relation à l’autre change.
L’ancien prend du poids et de l’autorité,
Il regarde les événements avec un certain dépouillement.
Parce qu’il va à l’essentiel.

Il y a aussi une grande beauté à vieillir
Devant le large fleuve de la vie
Qui jamais ne s’arrête,
Le vieil homme s’émerveille et atteste la beauté.

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vendredi 12 avril 2013

Cri de pauvre : Quand je serais vieille - Anonyme


Mon Fils,
Si un jour tu me vois vieille,
si je me salis un peu quand je mange
et que je ne réussis plus à m’habiller toute seule,
soit compréhensif :
souviens toi du temps que j’ai passé pour t'éduquer...

Si, quand je parle avec toi,
je répète toujours les mêmes choses,
ne m’interromps pas, mais écoute moi plutôt :
quand tu étais petit je devais te raconter chaque soir
la même histoire avant que tu ne t’endormes.

Quand je ne voudrai pas me laver,
ne me fais pas honte :
mais souviens-toi plutôt 
quand je devais courir après toi
en inventant mille excuses
pour que tu prennes ton bain.

Quand tu verras mon ignorance 
pour les nouvelles technologies : 
ne me regarde pas avec ce sourire ironique, 
mais donne moi le temps nécessaire...
j’ai eu tant de patience pour t’apprendre l’alphabet.

Quand,  je n’arriverai pas parfois à me souvenir 
quand je perdrai le fil de la conversation, 
donne moi le temps nécessaire à retrouver la mémoire 
et si je n’y arrive pas, ne t’énerve pas : 
la chose la plus importante n’est pas ce que je dis 
mais le besoin d’être avec toi 
et de sentir que mon fils m'écoute.

Quand mes jambes fatiguées n’arriveront plus 
à tenir la cadence de tes pas, 
ne me considère pas comme un boulet, 
mais viens plutôt vers moi 
et offre moi la force de ton bras 
comme je l’ai fait lorsque tu as fais tes premiers pas.

Quand je te dirais que j'aimerais être morte, 
ne te fâche pas, un jour tu comprendras 
ce qui m'a poussé à le dire cela. 
Essaie de comprendre qu’à mon âge on ne vit pas : 
on survit.

Et un jour, tu découvriras que, malgré mes erreurs, 
je n’ai toujours voulu que le meilleur pour toi, 
et que j’ai toujours fait de mon mieux pour préparer ta route.


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samedi 26 janvier 2013

Texte : Un temps pour tout - Anonyme

Il y a un temps pour tout
Un temps pour vaincre les tabous 
Un temps pour rire 
Un temps aussi pour s'arrêter 
Pour savoir encore repartir 
Peut-être tout recommencer...

Je pense tout simplement 
Que l'âge un jour prend ses devants 
Quand arrive la maturité

Il y a un temps pour tout changer
Pour trouver de nouveaux chemins 
Moins escarpés et plus sereins 
Trouver enfin la ligne droite 
Et même si la porte est étroite 
Se faire petit pour y entre 
Et, finir sa vie en beauté. 


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lundi 14 janvier 2013

Texte : Savoir vieillir - Jean Vernette

Vieillard afghan .
- Photo : Vieillard afghan, de Jean d'Hugues

J'ai cueilli mes 80 ans dernièrement et j'y pense souvent :
Ainsi le coin de la rue est deux fois plus loin qu'avant.
Ils ont ajouté une montée que je n'avais pas remarquée.
J'ai dû cesser de courir après le bus parce qu'il démarre bien plus vite qu'avant.

Je crois qu'on fait les marches d'escalier bien plus hautes que dans le temps.
Avez-vous remarqué les petits caractères que les journaux se sont mis à employer ?
Tout le monde parle si bas qu'on ne comprend quasi rien.
On vous fait des vêtements si serrés,
surtout à la taille et aux hanches, que c'est désagréable !

Les jeunes gens eux-mêmes ont changé :
ils sont bien plus jeunes que quand j'avais leur âge.
Les gens de mon âge sont bien plus vieux que moi !
L'autre jour, je suis tombé sur une vieille connaissance :
elle avait tellement vieilli qu'elle ne me reconnaissait pas !

Je réfléchissais à tout cela en faisant ma toilette ce matin :
ils ne font plus d'aussi bons miroirs qu'il y a 60 ans !

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mercredi 26 décembre 2012

Texte : Vieillir en beauté - Ghyslaine Delisle


Vieillir en beauté, c'est vieillir avec son cœur. 
Sans remords, sans regrets, sans regarder l'heure. 
Aller de l'avant, arrêter d'avoir peur, 
Car, à chaque âge, se rattache un bonheur.

Vieillir en beauté, c'est vieillir avec son corps. 
Le garder sain en dedans, beau en dehors. 
Ne jamais abdiquer devant un effort. 
L'âge n'a rien à voir avec la mort.

Vieillir en beauté c'est donner un coup de pouce 
A ceux qui se sentent perdus dans la brousse. 
Qui ne croient plus que la vie peut être douce 
Et qu'il y a toujours quelqu'un à la rescousse.

Vieillir en beauté, c'est vieillir positivement. 
Ne pas pleurer sur ses souvenirs d'antan. 
Etre fier d'avoir les cheveux blancs, 
Car pour être heureux, on a encore le temps. 

Vieille femme de Kalaw - Birmanie


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mercredi 12 décembre 2012

Texte : Vieillir - Conte populaire


Autour de la longue table de la salle à manger, dans la ferme familiale, les grands-parents, les enfants, les petits-enfants prennent leurs repas à heure fixes. Le chef de famille règne en bout de table et veille au bon déroulement des agapes.

Il surveille tout particulièrement le grand-père qui casse régulièrement son assiette à cause des tremblement dus à la maladie de Parkinson. Une fois de plus, ce jour là, l'assiette tombe et se brise en morceaux. Excédé, le père ordonne à sa femme de donner au grand-père maladroit une assiette en bois. Personne n'ose contredire...

Quelques jours plus tard, le plus jeune des petits-enfants est très concentré : son petit couteau dans une main et un rondin dans l'autre, il est très occupé. Intrigué, le père fronce les sourcils : 
"Que fais-tu donc, avec ce morceau de bois ? 
- Je creuse ton assiette pour quand tu seras vieux", répond l'enfant sagement.


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mardi 27 novembre 2012

Cri de pauvre : Toi qui me soignes - Anonyme


Que vois-tu, toi qui me soignes, 
Que vois-tu, quand tu me regardes, que penses-tu ?

Une vieille femme grincheuse, un peu folle, 
Le regard perdu, qui n'y est plus tout à fait, 
Qui bave quand elle mange et ne répond jamais, 
Qui, quand tu me dis d'une voix forte "essayez", 
Semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais 
Et ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas, 
Qui, docile ou non, te laisse faire à sa guise 
Le bain et les repas pour occuper la longue journée grise,
C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois ?

Alors ouvre les yeux, ce n'est pas moi ; 
Je vais te le dire qui je suis, assise là si tranquille, 
Me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux; 
Je suis la dernière de dix, avec un père et une mère, 
Des frères et des soeurs qui s'aiment entre eux.

Une jeune fille de dix ans, des ailes aux pieds, 
Rêvant que bientôt, elle rencontrera un fiancé. 
Mariée déjà à vingt ans, mon coeur bondit de joie 
Au souvenir des voeux que j'ai faits ce jour-là.

J'ai vingt-cinq ans maintenant et un enfant à moi 
Qui a besoin de moi pour lui construire une maison. 
Une femme de trente ans, mon enfant grandit vite, 
Nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront. 

Quarante ans, bientôt il ne sera plus là. 
Mais mon homme est à mes côtés qui veille sur moi.
Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés; 
Me revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé. 

Voici les jours noirs, mon mari meurt. 
Je regarde le futur en frémissant de peur, 
Car mes enfants sont tous occupés à élever les leurs 
Et je pense aux années et à l'amour que j'ai connus.

Je suis vieille maintenant, et la nature est cruelle 
Qui s'amuse à faire passer la vieillesse pour folle. 
Mon corps s 'en va, la grâce et la force m'abandonnent, 
Et il y a maintenant une pierre là où jadis j'eus un coeur.

Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure 
Dont le vieux coeur se gonfle sans relâche. 
Je me souviens des joies, je me souviens des peines, 
Et, à nouveau, je sens ma vie et j'aime. 

Je repense aux années trop courtes et trop vite passées, 
Et accepte cette réalité implacable que rien ne peut durer.
Alors ouvre les yeux, toi qui me soignes, et regarde 
Non pas la vieille femme grincheuse. 
Regarde moi un peu, tu me verras enfin ! 


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mardi 2 octobre 2012

Texte : Toi qui me soignes - Anonyme

Que vois-tu, toi qui me soignes,
Que vois-tu?
Quand tu me regardes,
Que penses-tu?

Une vieille femme grincheuse, un peu folle,
Le regard perdu, qui n'y est plus tout à fait,
Qui bave quand elle mange et ne répond jamais,
Qui, quand tu me dis d'une voix forte "essayez",
Semble ne prêter aucune attention à ce que tu fais
Et ne cesse de perdre ses chaussures et ses bas,
Qui, docile ou non, te laisse faire à sa guise
Le bain et les repas pour occuper la longue journée grise,
C'est ça que tu penses, c'est ça que tu vois?

Alors ouvre les yeux, ce n'est pas moi;
Je vais te le dire qui je suis, assise là si tranquille,
Me déplaçant à ton ordre, mangeant quand tu veux;
Je suis la dernière de dix, avec un père et une mère,
Des frères et des soeurs qui s'aiment entre eux.

Une jeune fille de dix ans, des ailes aux pieds,
Rêvant que bientôt, elle rencontrera un fiancé.
Mariée déjà à vingt ans, mon coeur bondit de joie
Au souvenir des voeux que j'ai faits ce jour-là.

J'ai vingt-cinq ans maintenant et un enfant à moi
Qui a besoin de moi pour lui construire une maison.
Une femme de trente ans, mon enfant grandit vite,
Nous sommes liés l'un à l'autre par des liens qui dureront.
Quarante ans, bientôt il ne sera plus là.
Mais mon homme est à mes côtés qui veille sur moi.

Cinquante ans, à nouveau jouent autour de moi des bébés;
Me revoilà avec des enfants, moi et mon bien-aimé.
Voici les jours noirs, mon mari meurt.
Je regarde le futur en frémissant de peur,
Car mes enfants sont tous occupés à élever les leurs
Et je pense aux années et à l'amour que j'ai connus.

Je suis vieille maintenant, et la nature est cruelle
Qui s'amuse à faire passer la vieillesse pour folle.
Mon corps s 'en va, la grâce et la force m'abandonnent,
Et il y a maintenant une pierre là où jadis j'eus un coeur.

Mais dans cette vieille carcasse, la jeune fille demeure
Dont le vieux coeur se gonfle sans relâche.
Je me souviens des joies, je me souviens des peines,
Et, à nouveau, je sens ma vie et j'aime.
Je repense aux années trop courtes et trop vite passées,
Et accepte cette réalité implacable que rien ne peut durer.

Alors ouvre les yeux, toi qui me soignes, et regarde
Non pas la vieille femme grincheuse.
Regarde mieux,tu me verras!
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lundi 27 août 2012

Texte : Heureux ceux... - St Vincent de Paul


Heureux ceux qui respectent mes mains décharnées et mes pieds déformés.

Heureux ceux qui conversent avec moi bien que j'aie désormais quelque peine à bien entendre leurs paroles.

Heureux ceux qui comprennent que mes yeux commencent à s'embrumer et mes idées à s'embrouiller.

Heureux ceux qui m'assurent qu'ils m'aiment et que je suis encore bonne ou bon à quelque chose.

Heureux ceux qui m'aident à vivre l'automne de ma vie...

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Texte : Que fais-tu Grand-mère ? - Anonyme


Que fais-tu grand-mère?
J'apprends la patience et l'ennui,
Le goût de l'instant, la joie de chaque jour,
J'apprends que la tristesse du cœur est nuage,
Et nuage aussi le plaisir…

Que fais-tu grand-mère, assise-là, dehors, toute seule?
Eh bien, vois-tu, j'apprends.
J'apprends le petit, le minuscule, l'infini,
J'apprends les os qui craquent, le regard qui se détourne.
J'apprends à être transparente.
À regarder au lieu d'être regardée.
J'apprends le goût de l'instant quand mes mains tremblent,
La précipitation du cœur qui bat trop vite.
J'apprends à marcher doucement,
A bouger dans les limites plus étroites qu'avant
Et à y trouver un espace plus vaste que le ciel.

Comment est-ce que tu apprends tout cela, grand-mère ?
J'apprends avec les arbres, et avec les oiseaux.
J'apprends avec les nuages.
J'apprends à rester en place et à vivre dans le silence.
J'apprends à regarder les yeux ouverts et à écouter le vent.
J'apprends la patience et aussi l'ennui:
J'apprends que la tristesse du cœur est un nuage,
Et nuage aussi le plaisir:
J'apprends à passer sans laisser de traces, à perdre sans retenir et à recommencer sans me lasser.
J'apprends à me réjouir au début du printemps et à la fin de l'automne,
A voir un arc-en-ciel dans une goutte de pluie
Et une vie entière dans une gouttelette de soleil qui scintille sur une pierre.
J'apprends que les chemins se divisent et se perdent,
Que les regrets sont de petites pierres pointues qui blessent les mains qui les enserrent
Et qu'il est meilleur que nos mains restent ouvertes…
J'apprends mes erreurs, mes chagrins, mes oublis,
Et toutes les joies qui se faufilent, poissons d'argent dans la masse de notre vie.

Grand-mère, je ne comprends pas : pourquoi apprendre tout cela ?
Parce qu'il me faut apprendre à regarder les os de mon visage et les veines de mes mains,
A accepter la douleur de mon corps, le souffle des nuits et le goût précieux de chaque journée.
Par ce qu'avec l'élan de la vague et le long retrait des marées,
J'apprends à voir du bout des doigts et à écouter avec les yeux.
J'apprends qu'il n'est pas de temps perdu ni de temps gagné,
Mais que l'infini est là, dans chaque instant… Cadeau trop souvent refusé dans le torrent des jours.
J'apprends qu'il faut aimer, que le bonheur des autres est notre propre bonheur,
Que leurs yeux se reflètent dans nos yeux et leurs cœurs dans nos cœurs.
J'apprends à marcher sur des sentiers étroits sans peur,
A regarder les montagnes qui se profitent au loin et que je n'attendrai pas:
J'apprends les milliers de pas qui ont marché avant moi sur ces même sentiers.
J'apprends les vieilles traces et les jeunes nuages.
J'apprends qu'il faut se tenir prêt à partir quand le vent souffre:
Qu'on avance mieux en se donnant la main:
Que même un corps immobile danse quand le cœur est tranquille.
Que la route est sans fin, est pourtant toujours exactement là.

Et avec tout ça, pour finir, qu'apprends-tu grand-mère ?
J'apprends, dit la grand-mère à l'enfant, j'apprends à être vieille.

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